La marraine 2018

Paragraphe

Isabelle Baur, Présidente du directoire Scarabée Biocoop

Une marraine, une entreprise reconnue, un commerce associé en coopérative. 

Portrait Isabelle BaurComment devient-on Présidente du directoire Scarabée Biocoop ?

C’est une longue histoire ! La rencontre avec Mathieu Winter, architecte bioclimatique, a été décisive : j’ai construit ma maison bioclimatique. Ca a éveillé ma conscience et m’a amené à me poser d’autres questions : comment je me nourris ? Comment je me positionne par rapport à l’environnement ? J’ai décidé que ma vie professionnelle devait être en accord avec ça. Ca a pris du temps… Par chance, je suis tombée sur une annonce : un poste s’ouvrait de responsable du magasin Scarabée de Cesson-Sévigné. J’ai appelé, ça s’est fait. 3 mois après, j’étais en poste. En 2003, j’ai pris la Présidence du Directoire, et j’y suis toujours !

Quelles sont selon vous les spécificités de Scarabée Biocoop dans le paysage économique et entrepreneurial ?

Le système coopératif d’abord, propre au réseau Biocoop, puisque les clients des magasins peuvent devenir sociétaires de la coopérative, donner leur avis, voter les orientations, et se porter candidat au Conseil de Surveillance. Avec l’holacracy, nous avons impulsé des changements avec une gouvernance différente. Chacun de nos collaborateurs a un vrai rôle à jouer et participe à la prise de décisions.  La démarche d’approvisionnement est également une particularité. Nous développons sans cesse la part d’approvisionnement local : on promet à nos producteurs des débouchés. Notre ligne est claire : tout ce qu’on peut acheter en local, on le prend en local !

Comment expliquez-vous l'incroyable croissance de Scarabée Biocoop sur Rennes et sa région ?

Le consommateur a changé : il est beaucoup plus en cohérence avec nos objectifs. 40 km pour aller chercher des produits Bio, ce n’est pas logique. Notre développement s’est concentré sur le commerce de proximité avec l’ouverture de magasins de quartier (rue Vasselot, rue Papu, rue de Paris) qui viennent compléter les magasins de périphérie qui drainent une clientèle extérieure. Les magasins de Vern-sur-Seiche et Bruz constituent un mix entre les deux. Nous sommes en veille permanente pour des locaux dans des quartiers plus populaires. Dès qu’on pourra, on ira, pour rester fidèle à notre objectif « La Bio pour tous ». Le prochain magasin ouvrira rue de l’Alma en mai-juin 2019, avec un snack Pique Prune.

L’innovation est aussi au cœur de notre développement. L’holacracy y est pour quelque-chose, nos collaborateurs participant à la mise en commun et au choix de nouvelles idées. Notre travail sur le « 0 déchet » est également très dynamique avec la progression du vrac liquide en huiles, en lessiviel, en hygiène corporel… D’ici un an, nous instaurerons également dans les restaurants le vrac à la pesée, pour des achats plus justes et moins de gaspillage : nos clients paieront ce qu’ils consomment.

Grâce à tous ces efforts cumulés, depuis 2012, nous avons multiplié par deux notre chiffre d’affaires, le nombre de nos adhérents, de nos salariés et quasiment notre surface de vente. Et derrière chaque m2 de surface de vente, il y a un hectare de surface en Bio !

Le fait d'être une femme entrepreneuse a-t-il eu un impact, positivement ou négativement ?

Dans ma vie professionnelle d’avant, j’ai clairement souffert d’être une femme. Autant dans la Bio, je n’ai jamais ressenti de différence. A Scarabée Biocoop, la parité est respectée. Parmi les membres du Directoire, sur 4, je suis la seule femme : j’aimerais une autre femme, pas parce que c’est une femme, mais parce qu’elle a les compétences nécessaires et une autre sensibilitée.

Pourquoi avez-vous accepté d’être la marraine d’Entreprendre dans l’Ouest ?

C’est une formidable occasion de montrer qu’on peut développer une entreprise autrement, et poursuivre autre chose que la seule rentabilité. Bien sûr, l’équilibre financier est essentiel pour réussir, mais d’autres objectifs peuvent nous porter, au quotidien : le souci de notre impact environnemental, de notre lien au territoire, du développement local… 

En étant marraine d’Entreprendre dans l’Ouest, je veux témoigner qu’autre chose est possible : développer une activité économique qui a du sens, c’est mon crédo.

Quel serait le mot d'encouragement que vous adresseriez à ceux qui veulent se lancer ?

Bien réfléchir au sens qu’ils veulent donner au quotidien à leur activité. La réflexion que j’aimerais amener, c’est se poser la question de la valeur travail, pour développer une activité qui nous « remplit », qui fait que chaque matin, on se lève content de faire ce qu’on fait, parce que nos choix sont en phase avec nos valeurs profondes. Le travail prend alors un autre sens et je souhaite à chacun de trouver cet épanouissement.